"Quinctili Vare, legiones redde ! "

22/03/2021

Ces mots, désormais devenus célèbres, ont bien  été ceux de l'empereur Auguste lorsqu'il apprit la nouvelle de la destruction de trois légions romaines en Germanie face aux "coalisés" germains menés par Arminius en septembre 9. Cette bataille, plus qu'être la disparition de trois légions, c'est aussi la disparition de tous les espoirs de Rome de s’implanter sur la rive gauche du Rhin.

Arminius, ou Hermann, à la bataille de Teutobourg
Arminius, ou Hermann, à la bataille de Teutobourg

Avant de parler de la bataille, qui n'est en fait qu'une escarmouche, il faut revenir sur les antécédents entre les germains et les romains, et notamment les nombreuses conquêtes récentes de Rome.

Lorsqu' Auguste arrive au pouvoir, ce dernier achève la conquête de la péninsule Ibérique. Mais une fois la région pacifiée, Auguste décide de poursuivre l'extension de Rome outre-Rhin. C'est alors qu'il lance une grande offensive, mais qui sera stoppée nette par certains peuples germaniques, à la bataille de Lollius en -16. Malgré cette défaite, les légions romaines prennent pied à terre sur la rive gauche du Rhin, en fortifiant la frontière. Les débuts de la conquête de la Germanie par Rome ont réellement commencé en 12 av. J.-C, lorsque Auguste après avoir sécurisé et réorganisé la Gaule, ordonne aux troupes romaines à la frontière d'entrer en campagne, ces campagnes dureront quatre ans. A la fin, en -8, les légions romaines réussiront à atteindre les fleuve Weser puis l'Elbe. A partir de là, les opérations militaires romaines cesseront dans la région, des bases permanentes, quasiment des villes, étant construites en Germanie. L'année suivante, un triomphe est même célébré à Rome, officialisant la victoire en Germanie.

Peuples germains au Ier siècle ap. J.-C.
Peuples germains au Ier siècle ap. J.-C.

Pour ce qui est des peuples autochtones ils se soumettent tous à Rome, devenant leurs alliés, avec ou sans l'intervention de la force des armes. Une partie des troupes se trouve sur le Rhin, pendant que le reste est réparti entre le Rhin et l'Elbe. Rome développera énormément la région, tel une nouvelle province. De nouvelles villes sont fondées, dont l'oppidum Ubiorum, qui deviendra plus tard la ville de Cologne. Les romains construisent de nombreuses infrastructures à travers toute la province, des routes ou des mines. Au fur et à mesure, Rome commence à intégrer la Germanie à son Empire, le préparant à être géré comme les autres provinces. 

Lorsque Publius Quintilius Varus est nommé gouverneur de Germanie, cette intégration est sur de bonnes voies, mais pas encore achevée. Mais Varus en décidera autrement, et commencera à administrer la Germanie comme s'il n'y avait plus aucune menace : recrutement de soldats, lève des impôts, recensement, exécution de la justice,... Et tout ça de manière autoritaire, au dépend des tribus qui se sentent de moins en moins intégrées à l'Empire, ce qui continuera à les rendre hostiles par rapport à ce dernier.

Tout cela nous ramène à Arminius. A cette époque, Arminius est conseiller auprès de Varus. En effet, alors enfant, il a été enlevé à sa famille par les romains pour être élevé à Rome dans le but de devenir citoyen, conformément à la "tradition" de convertir les élites locales, Arminius étant le fils de Ségimerus, chef des Chérusques ( voir carte ). Lorsque Varus entreprendra ses nombreuses réformes, Arminius, lui assurera du soutien des peuple barbares. Mais en cachette, avec l'aide des tribus germaniques : Chérusques, Marses, Chattes, Bructères, Chauques, et Sicambres, il prépare une révolte. A l'approche de l'Automne, Arminius, qui commandait les forces auxiliaires de la région, prévient Varus d'une révolte de faible importance. Ce dernier décide donc d'y aller et de régler ce problème tant qu'il n'est encore que petit. Varus rassemble son armée dans le nord-ouest près de Minden, et, alors que Arminius lui avait assuré sa fidélité, il met en marche sa colonne. Une colonne militaire mais qui était en réalité composée de bien plus. Dans cette colonne on trouvait nombre d'enfants de femmes, tous suivant l'armée durant sa campagne, restant tout de même à l'écart des combats. Les estimations sont floues, variant entre 16 et 36 000 combattants, le nombre de non-combattants étant inconnu en raison de son grand nombre. Pour les germains, le chiffre est estimé à environ 15 000 hommes combattants.

Les romains sont divisés en trois légions, les Legio XVII, XVIII, XIX. Mais aussi en six cohortes auxiliaires, en parties de germains et des gaulois, mais aussi trois unités de cavalerie. Lorsque la colonne de Varus entre dans la forêt de Teutobourg, près d'Onasbruck, l'armée était absolument en position de combat, étirée discontinuellement tout le long du chemin. C'est alors que, discrètement, Arminius s'éclipse des romains et rejoint ses troupes.

Romains dans la forêt de Teutobourg
Romains dans la forêt de Teutobourg

Alors que les romains marchaient dans la forêt, ils furent surpris par une violente embuscade à grande échelle de la part des germains. Le combat fut violent, les civils couraient dans tous les sens gênant les soldats qui se faisaient eux aussi massacrer. Malgré le massacre et les nombreuses pertes, la troupe réussit à s'échapper et marcha au sud, mais vers Kalkriese ils se firent à nouveau piéger par les germains. Alors que le bois était dense, le seul chemin était bloqué par une barricade montée par les germains et fermement défendue. Les romains lancèrent un assaut mais qui fut violemment repoussé. La cavalerie, pris de panique prit la fuite profitant de sa plus grande mobilité mais sera massacrée au fur et à mesure les jours suivants. Le reste sera massacré ou réduit en esclavage, s'ils ne sont sacrifiés aux dieux. Quelques rares chanceux réussirent à rejoindre la forteresse d'Aliso avec sa garnison dans laquelle ils accusèrent un long siège, mais qui se termina en Hiver, quand les germains se résignèrent à le lever. Ces rares survivants rentreront chez eux et porteront avec eux les récits de toutes les horreurs de cette terrible défaite.

Si l'on prend 22 000 hommes, comme le nombre de soldats romains, alors les pertes seraient d'environ 20 000 tués ou réduits en esclavage. Les pertes sont donc énormes pour Rome qui perd ici trois légions et nombre d'auxiliaires. Mais la défaite est aussi ailleurs. Malgré de nombreuses autres tentatives, notamment celles de Germanicus, qui seront des réussites, les peuples germains sont désormais organisés et prêts à affronter les romains, sachant qu'il jouissent en plus d'un avantage de moral sur les romains, les soldats ayant probablement déjà entendu mille et une légendes sur les événements, qu'elles soient vraies ou fausses. La frontière germanique sera donc abandonnée à une frontière défensive, notamment avec l'arrivée des empereurs qui fortifieront la frontière et ses nombreuses limes, mais qui ne résisteront pas aux invasions barbares. Barbares qui pour certains sont des descendants des soldats qui avaient vaincus les romains à Teutobourg.

Le Hermannsdenkmal, monument représentant Arminius datant de 1875
Le Hermannsdenkmal, monument représentant Arminius datant de 1875

En Allemagne, cette bataille est connue pour être l'éveil du sentiment national allemand et Arminius, dont le nom a été germanisé en Hermann, est célébré comme héros national. Notamment avec des monuments, comme le Hermannsdenkmal ( Monument d'Hermann ); qui engendrera d'ailleurs la construction de la statue de Vercingétorix à Alésia dressée par Napoléon III, même si le Hermannsdenkmal ne sera achevé que bien plus tard.

La déesse Germania, devant le Hermannsdenkmal ( carte postale de 1909 )
La déesse Germania, devant le Hermannsdenkmal ( carte postale de 1909 )

Pertes et forces en présence :

Romains : 16 000 à 20 000 morts sur 14 000 à 22 752 hommes

Germains : chiffres inconnus mais minimes sur environ 15 000 hommes

"Varus, rends-moi mes légions !"

                          Empereur Auguste