La BUF ou le fascisme en Grande-Bretagne

17/01/2021

1er Octobre 1932, Oswald Mosley vient de rencontrer Benito Mussolini, le leader fasciste de l'Italie. C'est après cette courte entrevue qu'est officiellement créé la British Union of Fascists , le principal parti fasciste de Grande-Bretagne, qui malgré sa courte période d'existence, 1932-1940, aura eu une histoire rocambolesque.

Sir Oswald Mosley
Sir Oswald Mosley

Avant d'effectuer son virage fasciste, Oswald Mosley s'était associé au Parti Travailliste. Mais en 1930, il propose à son gouvernent une solution pour sortir de la crise en cours : nationaliser les banques et l’industrie lourde, de plus qu'une augmentation des retraites pour stimuler la consommation. Malheureusement ses idées sont jugés trop extrémistes et il est implicitement remercié et quitte le parti Travaillistes. Frustré donc par cette expérience il décide avec certains de ses fidèles de former le New Party. Mais face à lui, lors des élections de 1931, se trouve les candidats du gouvernement national qui rassemble une énorme majorité des voix ne lui laissant que 0.2 % des voix et aucun représentants élus. Oswald Mosley se retrouve donc à nouveau frustré et désolé par cette défaite. Mais il n'en reste pas là. Malgré que son parti se détruit, il part en janvier 1932 pour l'Italie, pays qu'il admire surtout pour son dirigeant. Alors qu'il visite l'Italie et son fonctionnement fasciste, il se rend à Rome en Octobre et rencontre Mussolini qui l'accueille avec un défilé militaire. C'est à la suite de cette entrevue que Mosley décide, en rentrant en Angleterre, de dissoudre le New Party et forme la British Union of Fascists avec l'appui de Mussolini.

Le Parti est régi par deux textes écrits pas Mosley, le Manifeste Mosley, ce texte qui l'a fait viré du Parti Travailliste, et The Greater Britain , le plus important, écrit juste après la création du parti. Ce texte permet donc d'exposer les grandes lignes du combat politique des fascistes britanniques.

  • L'isolationnisme : l'une de revendications est le besoin pour le Royaume-Uni de devenir indépendant commercialement, ... et de subvenir à ses besoins uniquement par son vaste empire pouvant éviter de futurs crises économiques, à l'image de l'URSS ( même si elle n'est certainement pas leur inspiration ).
  • Augmentation des investissement nationaux : ils veulent aussi augmenter les subventions données aux entreprises locales et aux efforts des citoyens britanniques pour encourager la production pour sortir de la crise.
  • Les élites politiques : Mosley et ses partisans veulent aussi opérer un grand remplacement des élites gouvernantes, accusées par ce dernier d'être incapable de gérer la crise,  d'en sortir et de ne se soucier que de leur classe et leurs intérêts, des corporatistes donc.
  • L'anticommunisme : à l'image de ses modèle de gouvernement, le nazisme et le fascisme, Mosley et son parti sont ouvertement anticommunistes, n'hésitant pas à user de leur milice para-militaire pour s'attaquer aux rouges.
  • L'antisémitisme : les fascistes britanniques sont aussi antisémites que leurs voisins italiens et allemands, n'hésitant pas à prôner la haine envers le peuple juif à l'image d'un Hitler.
Une fois le parti créé, reste-t-il à recruter ses nouveaux cadres. Constituée d'anciens partisans et cadres du New Party, la BUF va devenir le repère des personnalités frustrés des autres partis principaux. On peut citer en majorité des anciens conservateurs comme MacMillan et Beaverbrook, insatisfaits de la tournure du Parti Conservateur, notamment avec le Gouvernement National. Pour nombre des sympathisants de la BUF, y adhérer c'est s'opposer à la politique laxiste envers les communistes et la gauche menée par le Premier Ministre Stanley Baldwin. Ses membres sont en majorité des bourgeois de la capitale, des ouvriers au chômage ou encore des jeunes. Le schéma de la BUF est très ressemblant au modèle nazi, notamment avec ses Black shirts, l'équivalent de la Sturm Abteilung de Hitler. En effet, il devient le refuge de nombreux chômeurs qui cherchent un moyen de gagner de l'argent et d'extérioriser toutes leurs pulsions de violence qu'il retournent sur les juifs et les communistes. A cause de cela, la population de la capitale se montrera de plus en plus hostile en vers ces hommes habillés de noir. En effet, le centre électoral de la BUF, ce sont les élections municipales de Londres, ils ne rencontrèrent jamais de succès aux élections générales, n'arrivant à séduire le reste du pays, notamment les zones pauvres du nord. Resté cantonné dans la capitale, le parti ne reçoit jamais de quoi survivre et commence, dès 1934 son inéluctable déclin.

Sa chute est due à plusieurs facteurs, tout d'abord une division du parti ente les radicaux et les modérés. En effet, certains prônent au sein du parti un durcissement de l'idéologie, appuyant sur l'antisémitisme et l'action militante et para-militaire, la violence donc. Mais de l'autre côté se trouvent les modérés, qui eux prônent un adoucissement de la politique démagogue que suit Mosley et la réduction du racisme et de la violence, aux antipodes de leurs opposants au sein du parti. Mais la chute ne peut simplement être expliquée par une dissension au sein du parti, mais aussi par une méfiance de la part des partisans de la BUF. Cette dernière, même en seulement deux ans, n'a de cesse de se radicaliser en se rapprochant de plus en plus du modèle hitlérien, mais en Grande-Bretagne, Hitler fait peur. Et par ce rapprochement, de nombreux soutiens, surtout financiers, lâchent Mosley et son parti. Alors que le parti se maintenait surtout par ses nombreux meetings, ceux de Mosley, en 1936 est promulguée une loi concernant l'ordre public restreignant énormément l'action du parti qui brillait pas ses défilés en uniformes, drapeaux levés avec saluts romains. Le parti est donc en perte de vitesse et ne remontera pas. On peut aussi expliquer son déclin par un monde politique britannique où le communisme est relativement absent, rendant inutile le message anticommuniste de Mosley qui aurait pu dans d'autres cas lui apporter de nombreux soutiens. De plus, avec l’élection du gouvernement national, les britanniques se fédèrent autour du libéralisme éclipsant fascistes, tout comme communistes. Le déclin s'accélère avec l'année 1938 et tous les bouleversements diplomatiques et augmentations des tensions entre les Alliés et l'Axe. L'opinion britanniques étant de plus en plus hostile à ces états totalitaires qui menacent les îles britanniques. Le coup de grâce est porté en 1939 avec l'entrée en guerre du Royaume-Uni contre l'Allemagne d'Hitler. Ironie du sort, la BUF sera qualifiée et considérée jusqu'en 1940 comme un parti pacifiste exhortant le gouvernement à faire la paix. Ils tireront par exemple, en janvier 1940, à 100 000 exemplaires une brochure pacifiste. Le 27 janvier de la même année, Winston Churchill, alors premier ministre, est interpellé par des partisans de Mosley en scandant : "Vive Mosley ! Vive la paix !". Le mois suivant, la BUF organise 41 meetings pour la paix et réitère en avril avec, toujours plus, plus de 100 meetings dans toutes l'Angleterre. A tel point que le 5 janvier, 23 meetings seront tenus en une journée. Mais quasiment en même temps, en guise de réponse, le gouvernement fait arrêter Mosley et 80 des cadres du parti. En juin cinq meetings sont à nouveau tenus mais le reste des cadres sont arrêtés, avec 735 membres du parti. C'est ainsi que s'achève l'étrange histoire du seul parti fasciste britannique, les autres n'étant surtout que des ligues. Malgré une certaine influence, la British Union of Fascists n'a jamais joui d'une grande popularité et d'un grand pouvoir tout comme les communistes qui eux non plus n'ont pas eu le succès escompté, les britanniques se tournant vers le conservatisme ou le socialisme (travaillistes), et leurs valeurs libérales.

Mosley sera libéré en 1943 et tentera un retour mais sans grand succès en raison de sa mauvaise réputation d’avant-guerre, de parti fasciste, idéologie que la Grande-Bretagne a affrontée durant la Seconde Guerre Mondiale. IL se retirera donc en Irlande puis en France et voyagera ainsi dans plusieurs pays autour du globe.