La Bataille des éperons d'or

01/02/2021

Le 11 Juillet 1302, les chevaliers français de Philippe IV le Bel menés par Robert d'Artois sont écrasés par "l'armée" flamande à Courtrai. Plus tard, on surnommera cette bataille, celle des éperons d'or, en raison du grand nombre d'éperons en or récupéré sur les cadavres des nobles français. Mais qu'a-t-il bien pu se passer pour qu'une partie de la noblesse française se fasse décimer ?

La cavalerie française à Courtrai
La cavalerie française à Courtrai

En 1297,  Gui de Dampierre, comte de Flandres, rompe sa vassalisation à Philippe Le Bel. La région de Flandres dépendant énormément du tissu importé d’Angleterre, lorsque le roi déclare la guerre à cette dernière, la région est dans une situation précaire. Mais Philippe le Bel voit les choses en grand et mobilise 70 000 hommes pour envahir le comté. Mais les Flandres étant alliées au roi d'Angleterre, Philippe IV pense d'abord à se tourner vers les anglais. Mais avec la difficulté de faire traverser la Manche à ses hommes, il se résout à envahir le Comté de Flandres. Avec ses 70 000 hommes, le roi n'a aucune difficulté à envahir le comté rebelle et conquit Lille, Bruges, Courtrai, Furnes et Bregues avant qu'une paix ne soit signée laissant à Philippe le Bel toutes ses conquêtes.

Mais le 18 Mai a lieu un événement qui va remettre le feu aux poudres, les matines de Bruges. Lors de cet événement, la milice communale de Bruges se mobilise et massacre 1000 francophones et soutiens du roi, dont la garnison française alors en poste, logeant chez l'habitant. Mais cette fois, la révolte ne vint pas du comte gui de Dampierre puisque ce dernier est emprisonné en France par Philippe le Bel. La révolte vient cette fois de la bourgeoisie flamande et de ses guildes marchandes, soutenues par les fils de l'ancien comte.

Philippe le Bel lève une armée de 8 000 hommes dont beaucoup de nobles montés à cheval, mais aussi des arbalétriers et des fantassins réguliers, en majorité des soldats professionnels. Mais cette fois-ci il décide de ne pas y aller lui-même et délègue l'armée à Robert d'Artois, alors âgé de 52 ans. L'armée flamande, quant à elle, est composée de 9 000 hommes, en majorité des fantassins conscrits, des paysans et des bourgeois qui savent à peine se battre, de la "piétaille" comme on dit. Ces derniers sont équipés de piques en fer et de piques de bois. Ils sont aussi accompagnés de quelques archers. Bref, malgré leur supériorité numérique, les flamands ne devraient pas faire le poids face aux français.

Les hostilités commencèrent au matin par un échange entre les archeries flamandes et françaises. La supériorité qualitative et probablement numérique des archers français donna un avantage à ces derniers. Peu après cet échange, les français firent avancer leurs fantassins près du fossé creusé par les flamands pour se prévenir de la cavalerie française. Malgré leur sous nombre, les fantassins français progressent et commencent à repousser les flamands. Mais voyant la bataille tourner à son avantage, dans un excès de confiance, et non-content d'avoir pu utiliser sa cavalerie pour vaincre les flamands, il aurait pu attendre d'avoir sécuriser la prise de position des fantassins, Robert d’Artois décide de faire revenir les fantassins, permettant aux flamands de souffler et de reprendre leurs positions. C'est alors qu'il décide de faire charger ses 2 500 chevaliers ( environ ) sur les positions ennemies. Avant d'arriver sur les positions flamandes les chevalier français doivent passer un guet freinant la puissance de leur charge et désorganisant complètement les rangs de la cavalerie, la rendant complètement inefficace et à la merci des piquiers flamands, qui sans pitié, et non au courant des coutumes guerrières chevaleresques, achèvent les chevaliers tombés à terre et ceux essayant de se battre. Certains chevaliers, notamment sur les flancs, arrivent à percer mais sont vite enfermer derrière les lignes et sont massacrés par les flamands. N'en est pas moins que les derniers chevaliers survivants se replient et battent en retraite avec le reste de l'armée, les archers et les fantassins.

Le bilan est lourd pour les français, ils souffrent de mille pertes, parmi ces dernières on compte environ 60 barons dont Robert d’Artois lui-même mais aussi deux fidèles maréchaux de Philippe le Bel, pertes irrempaçables. Quant aux flamands à peine une centaine. Mais la défaite est aussi ailleurs, Philippe le Bel y perd une ici une grande notoriété et sera obligé de lever à nouveau des impôts pour reformer une armée et vaincre les flamands deux ans plus tard et signera définitivement la paix avec les flamands les faisant revenir sous la coupe de la couronne. Malgré une défaite sur le long terme, cette bataille marquera tout de même le sentiment national des flamands, à tel point que le 11 juillet, date de la bataille, deviendra la fête officielle de la communauté flamande de Belgique. Pour revenir à ces fameux éperons d'or, ils seront exposés à la cathédrale Notre-Dame à Courtrai, avant d'être récupéré en 1382 par Charles VI et placé à la basilique Saint-Denis.