Histoire de New York - La Fondation

21/09/2020

New York est actuellement l'une des plus grandes villes au monde. Mais avant de devenir ce qu'elle est aujourd'hui, qu'était-elle ?


Achat de Manhattan aux amérindiens
Achat de Manhattan aux amérindiens

Le 4 mai 1624, le Nieu Nederlandt arrive dans la baie de New York, la centaine de passagers situé sur le bateau forme la première expédition de colonisation en direction de la future Nouvelle Néerlande.

Mais tout d'abord revenons, sur les différentes expéditions d'exploration qui ont permis de la découvrir.


Giovanni Da Verrazano

C'est en 1524 que Giovanni da Verrazzano est chargé par François 1er de suivre le sillage des espagnols en partant à la conquête et la découverte du Nouveau Monde. Il longe donc pour la première fois le littoral américain aux environs de l'actuelle Caroline du Nord, à Cape Fear et remonte jusqu'à atteindre la future baie de New York, qu'il nommera Nouvelle Angoulême, en hommage au roi de France, qui, avant de devenir roi, était duc d'Angoulême.

Dans son rapport qu'il adresse au Roi de France, il tire un portrait très positif de cette "race" inconnu des européens :

« Cette race est la plus belle et la plus policée de celles que nous avons rencontrées au cours de cette campagne. Elle est plus grande que la nôtre [...] Leurs yeux sont noirs et vifs et leur physionomie douce et noble [...] Des autres parties de leur corps, je ne parlerai pas à Votre Majesté ; elles ont les proportions dignes de tout homme bien fait. Leurs femmes ont la même beauté et la même élégance. » 

« Ils sont très généreux et donnent tout ce qu'ils ont. Nous nous sommes liés avec eux d'une grande amitié. [...] ils vivent longtemps et sont rarement malades »

Il quitte à contre-volonté la baie et, de retour en France, il tente d'interpeler le roi de France sur la potentielle colonie et obtient une entrevue. Malheureusement cette dernière est annulée, le roi préférant s'en aller en campagne en Italie, qui se terminera d'ailleurs par un désastre total, à Pavie, où François 1er sera même fait prisonnier.

C'est en tentant de retourner à la Nouvelle-Angoulême que  Giovanni Da Verrazzano meurt lors d'une escale aux Antilles, il aurait été enlevé et dévoré par des cannibales.

Henry Hudson

En 1609, c'est au tour de Henry Hudson, un explorateur anglais travaillant pour le compte des néerlandais, de (re)découvrir la Baie de Nouvelle-Angoulême, oubliée depuis la mort de Verrazzano.

Payé pour découvrir le passage à travers l'Amérique qui permettra de relier l'est à l'ouest, il s'engage sur l'actuel fleuve Hudson, qu'il nommera la rivière Mauritius  ( en hommage au Prince néerlandais Maurice de Nassau un des héros et instigateur des Provinces-Unies ). Malheureusement son expédition n'étant pas concluante, il laisse les néerlandais dans leur déception, pendant que lui retente l'expérience, mais cette fois-ci avec l'aide des anglais.

En 1610 il repart donc, mais son navire se retrouve pris dans la glace, et l'équipage se mutine, excédé par le caractère buté de Hudson. Ils l'abandonnent donc dans la future Baie d'Hudson, où il meurt de froid et de faim avec son fils, et sept autres fidèles.

Un des compagnons de Hudson écrivait sur l'île de Manna-Hatta, future Manhattan :

« l'île est giboyeuse à souhait, pas du tout hostile à une installation [... ] un très beau port, avec de la verdure, des fleurs et des arbres majestueux  » 


En 1624, lorsque les néerlandais arrivent dans la baie de New York, ils ne s'y attardent guère et préfèrent s'enfoncer dans les terres, suivant le fleuve Mauritius et le futur Delaware. Seul un petit groupe est débarqué sur l'île aux Noix ( future Governors Island ) pour y construire un petit fort.

Lorsque les néerlandais suivent les fleuves, ils y rencontrent de nombreuses tribus amérindiennes, dont la vue de ses étrangers et de leurs étranges engins en fera tremblés plus d'un. William Wood, un des colons, écrira :

« Ils prirent le bateau pour une île flottante, le mât pour un arbre, la voile pour des nuages blancs et les décharges d'artillerie pour des éclairs et le tonnerre. » 

Dans cette région se trouve environ 20 000 amérindiens de la famille des Algonquins, répartis en plusieurs tribus : les Raritans sur l'actuelle Staten Island, les Mohawks dans les terres, et les Manhattes sur l'île actuelle de Manhattan.

Les colons, eux, sont essentiellement composés de Calvinistes ( protestants ) qui ont fui leurs pays en raison des persécutions.

En effet, la majorité sont originaires de Wallonie ( Belgique ) qui, à l'époque, était occupé par les espagnols, et qui dit espagnols, dit inquisition. Il sont donc forts nombreux à se réfugier aux Provinces-unies, mais le manque de place les poussent à prendre la mer en direction du Nouveau-Monde. C'est donc une des raisons du fait que la majorité des Etats-Unis soit protestante avec le fait que dès le XVIIe siècle, les colonies anglaises d'Amérique offraient l'asile à ceux qui voulaient fuir l'intolérance religieuse en Europe.

Les relations entre les colons et les amérindiens vont beaucoup évoluer. En effet, au début de l'installation néerlandaise, la Compagnie Néerlandaise des Indes Occidentales a fait signer à tous les migrants désireux du Nouveau-Monde une charte stipulant « la nécessité d'être respectueux, en toutes les matières, avec les Indiens ». Les relations vont donc être relativement cordial au début, mais l'arrivage de maladies va décimer les populations locales et les réduira à un petit millier d'individus, qui devront reculer dans les terres.

Mais le moment où la suprématie indienne basculera définitivement, c'est lors de l'arrivée de Peter Minnewit, nouveau gouverneur de la province en 1626.


Peter Minnewit ( que nous appellerons Pierre Minuit pour plus de simplicité ) est né aux environs de 1585 dans la ville de Wesel, en Allemagne dans une famille de protestants calvinistes. Plus tard il s'installe à Utrecht et propose ses services à la Compagnie Néerlandaise des Indes Occidentales. Cette dernière, peu satisfaite du rendement de la nouvelle colonie, se trouve séduite par le plan de développement de Pierre Minuit et le nomme directement gouverneur de la colonie, remplaçant donc l'impopulaire Willem Verhulst.

Minuit prend donc la mer en direction de la province, avec lui se trouvent de nombreux animaux, comme des cochons, des vaches, etc... Des bêtes forts attendus et réclamés par la colonie américaine.

Lorsqu'il arrive à la hauteur de Manhattan, il ne découvre qu'un petit village à la pointe sud, entouré par quatre petits bastions de terre, dans un desquels se trouvent le logement du gouverneur. Un peu plus loin se trouvent une trentaine de famille et quelques fermes entourées de champs de céréales et de froment avec un moulin. Minuit reprend donc en main la colonie, et fonde un conseil regroupant cinq notables de la région et décide de recentrer la colonie sur Manhattan dans le but d'y développer la colonie en ce centre et surtout dans un but défensif.

L'île parait idéale pour une installation, en effet l'irrigation des champs est quasi parfaite en raison de sa situation géographique, à l'embouchure d'un fleuve, mais aussi pour le commerce, la baie étant assez large pour les bateaux de commerces européens, comme pour les pirogues indiennes venant faire du marché. Ceux-ci sont d’ailleurs grandement privilégiés, Minuit espérant pouvoir se servir d'eux pour le commerce de la fourrure ( raison d'être de la colonie ) comme pour se servir d'eux comme éclaireur pour découvrir de nouvelles zones d'expansions pour la colonie.

Pierre Minuit reconstruit aussi un nouveau fort en dur pour se protéger de potentielles invasions venant d'autres puissances coloniales. Il trace aussi une route partant du bourg et allant jusqu'aux champs pour y acheminer le céréale. Il baptise cette route Breedweg, signifiant "route du pain" en néerlandais. Plus tard cette route  deviendra la fameuse Broadway, aujourd'hui fameuse pour ses théâtres et spectacles , et non pour ses boulangeries.

Plan de la Nouvelle Amsterdam en 1660, où l'on distingue clairement la Breedweg
Plan de la Nouvelle Amsterdam en 1660, où l'on distingue clairement la Breedweg

Dans un souci de développement, Pierre Minuit décide d'acheter aux amérindiens l'île de Manhattan. Selon certains témoignages, l'échange / achat aurait eu lieu au milieu d'un petit bois, près d'une grotte habitée par les Manhattes. Chaque camps revêts ses plus belle tenues d'apparats, et l’échange peut enfin commencer. Les européens ont apporté des haches, des tissus, des ustensiles de cuisine, etc... Pour un total d'un peu plus de 60 florins ( monnaie de l'époque ), ce qui fait à peu près 1 000 dollars contre la totalité de la surface de Manhattan, 86,97 km² donc. L’achat le plus rentable qu'il soit pour Minuit, et le début de la fin pour les indiens.

Mais malgré cela, Minuit fait quelques promesses aux indiens, comme le monopole du commerce de la fourrure, qui représente tout de même un très  gros marché en Europe, mais aussi il garantit une protection contre les autres tribus indiennes aux Manhattes.

Il réitère l'opération en 1630, en achetant l'île de Staten Island aux Raritans, pour la même somme dérisoire. Malgré tous les efforts qu'il fait pour la colonie, il tombe en froid avec la Compagnie des Indes, sur ce qui concerne la privatisation de certains endroits et le développement vers les terres. En 1632, il est remercié par la Compagnie qui le remplace par Sebastiaen Jansen Krol qui ne restera pas bien longtemps, seulement un an.

Une fois évincé de son poste, Pierre Minuit proposera aux suédois son aide pour la fondation d'une colonie : la Nouvelle-Suède, voisine de la Nouvelle-Néerlande. Malheureusement, cette colonie suédoise se fera aspirer par les néerlandais en 1655, sous la direction de Pieter Stuyvesant, l'un des plus emblématiques gouverneurs de la colonie néerlandaise, par la durée de son mandat, et surtout car il est le dernier.

Ancien gouverneur de l'île de Curaçao, il est l'un des premiers gouverneurs néerlandais à introduire les esclaves dans une colonie, pour palier aux manques de main d'oeuvre et d'argent de la Compagnie des Indes. Par son caractère et ses faits d'armes, notamment contre les espagnols en 1644, il est envoyé en 1647, pour reprendre en main la colonie de Nouvelle-Néerlande. Il y arrive donc en 1647, et commence directement à rénover la ville et la colonie en générale. Durant son mandat, la ville de Nieuw Amsterdam passe de 300 habitants à 1 500, on doit cela à la rénovation des habitations. Ce dernier remplace les vieilles maisons-cabanes  par d’étroites maisons en hauteur et construites en briques rouges, équipées d’escaliers en pignons, iconiques de l'actuelle New York. Il fait aussi creuser un canal en 1654, enjambé par trois ponts, malheureusement ce canal n'existe plus. Le long de la côte sud de Manhattan il fait aussi construire un mur censé protéger la ville de toutes invasions. Ce mur, qui n'existe plus actuellement, donnera son nom à une fameuse rue, Wall Street, signifiant : la rue du Mur.

Maison typique du New York des années 1650
Maison typique du New York des années 1650

La nouvelle colonie tourne donc modestement, mais cela suffit pour inquiéter le Parlement britannique, qui décrète que seul les navires marchands anglais pourront importer leurs marchandises dans les ports britanniques. La guerre est déclarée, c'est le début de la Première guerre anglo-néerlandaise dans laquelle les Provinces-Unies perdent beaucoup de leur suprématie dans l'Atlantique Nord. Les objectifs de l'Empire britannique sont d’évincer les néerlandais du Nouveau Monde. En 1660, le roi d’Angleterre Charles II décide d'offrir à son frère les colonies d'Amérique, allant de la Virginie à la Nouvelle-Angleterre, omettant la présence de la nouvelle Néerlande. Car pour sa Majesté le roi d'Angleterre, et pour toute l'Angleterre, les provinces néerlandaises sont considérées comme britanniques et que ce n'est qu'une question de temps.

La colonie néerlandaise, du temps, elle en aura, car le moment fatidique n'aura lieu que quatre ans plus tard, en 1664. En effet, c'est lors de ce bel été de 1664, que tous les habitants de Manhattan, voient arriver quatre bateaux de guerre, aux pavillons britanniques. Pieter Stuyvesant tente de résister, mais abandonne l'idée, sous la pression des habitants qui veulent à tout pris éviter le massacre et le pillage. Pieter Stuyvesant signe l’acte de capitulation le 8 septembre 1664, rendant officiellement la Nouvelle Néerlande britannique. En signe d’allégeance, la ville de Nieuw Amsterdam se renomme New York, en l’honneur du Duc d'York. Les Provinces-Unies abandonnent officiellement la souveraineté sur la colonie lors du traité de Bréda en 1667, en échange de celle sur le Suriname. Ils récupéreront brièvement la colonie qui sera rebaptisée Nouvelle-Orange, en 1673, mais les anglais la récupèrent lors du traité de Westminster en 1674.

Ce 8 septembre 1664, la Nouvelle-Amsterdam n'existe plus, et a laissé place à New York, ville qui aura un destin beaucoup plus glorieux que sa prédécesseur.

Reddition de la Nouvelle-Amsterdam, 1664
Reddition de la Nouvelle-Amsterdam, 1664